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Les témoignages qui suivent ont été recueillis par Catherine CONNAN,
Martine CONNAN, Maire de Kergrist-Moëlou,
Rolland LE CAM et Laurent LE CORRE
auprès d'anciens de la commune.

Ils témoignent de leur vie et de celle de leurs contemporains
durant la première partie du 20ème siècle.
Ces témoignages sont repris des bulletins d'informations communales.

Cliquez sur la boule verte pour accéder à chaque témoignage

Le bourg de Kergrist-Moëlou de 1920 à 1930...
Rencontre avec "NIN'KOZH"
Les amis de la Chapelle de l'Isle
Pomme, cidre, lambig...toute une histoire !
Germaine LE YOUDEC, doyenne de notre commune
Du levain au pain en quelques refrains...
Promenade dans les rimes de Frédéric
Vivre à Kergrist-Moëlou
Mémoire d'école
A l'époque, il y avait une boucherie...
Hélène LE CHEVALIER, députée et résitante

Job MOUDIC, lutteur Kergristois

 

Il y a quelques jours, j'ai rencontré Michel LE CHEVALIER, connu de tous.

Très aimablement, il a accepté de me faire découvrir le Kergrist-Moëlou de son enfance....

L'enfance

Michel est né en 1919. Son père était sabotier. Il suivra les traces de celui-ci jusqu'à l'âge de 25 ans. A cet âge, il devra partir car le métier de sabotier disparaissait. Michel m'a raconté que son père travaillait dans une hutte à l'endroit même où était coupé le bois. Puis, avec le charretier, il allait vendre les sabots aux marchés des environs. Son père a été premier adjoint pendant 19 ans. Du fait qu'il vivait au bourg et de son instruction, il remplissait les fonctions de maire durant les mandats de Mrs LELIAS et BOURGE..."Mon père, premier adjoint, ne pouvait pas signer les papiers. Alors, il me demandait d'aller chez le maire à vélo. Mais à cette époque, les chemins ressemblaient plutôt à des bourbiers. Je devais traverser les talus pour accéder à son domicile".

Durant son enfance, les petites voitures Majorette n'existaient pas à Kergrist. "Nous jouions avec des boîtes de sardines que nous trouvions après les repas de famille pour en faire des bateaux" . Le Père Noël des années 20 n'était pas aussi généreux que celui de maintenant. Les enfants avaient seulement un Jésus en sucre d'orge et une orange. "Pour le premier de l'an, nous allions chanter des cantiques dans les maisons du bourg. Pour nous récompenser, les personnes nous donnaient quelques sous. Ensuite, nous allions les dépenser directement à l'épicerie".

L'école

A l'époque, l'école de Kergrist avait 6 classes (3 de filles et 3 de garçons). La journée commençait par les cours de moral et d'éducation civique. "Le professeur nous disait " Lorsque vous serez des hommes, vous y penserez encore". Il avait raison".

A l'école, il était interdit de parler breton par garde de punitions. Les élèves du bourg avaient l'avantage de connaître quelques mots de français par rapport à ceux de la campagne. Par contre, ces derniers étaient très respectés et, pour certains, très doués. Mais doués ou pas, ils étaient forcés de quitter l'école pour aider leurs parents à la ferme.

Le 14 juillet

Le 14 juillet était une grande fête au bourg. Il y avait des jeux devant les bistrots et commerces : la course à l'œuf, le casse pot, la course à la valise, la course à sac. La course à l'eau consistait à remplir une bouteille d'un litre avec un verre d'eau que le candidat allait remplir de l'autre côté de la rue à vélo. Il y avait également "la décapitation du coq". Ici, le candidat, toujours à vélo, devait taper avec un bâton sur la tête du coq suspendu par ses pâtes jusqu'à la mort de l'animal !

La commune

La commune de Kergrist a été peuplée de plus de 2.300 personnes. La population n'était pas très riche. Les propriétaires de fermes n'étaient pas nombreux. Tout le monde ne pouvait s'offrir de vélo. "Le premier vélo de femme était celui de ma mère".

Dans les années 20, le bourg comptabilisait 13 bistrots, 2 forgerons, 4 sabotiers, 3 charrons, 2 boulangers, 4 épiceries, des couturières à domicile, des lavandières. Le boucher de Rostrenen venait une fois par semaine seulement car les gens n'avaient pas les moyens de s'acheter de la viande.

Il y a très longtemps, il y avait un cimetière entre l'église et la mairie. Cet endroit recueillait les personnes qui s'étaient donné la mort. L'entrée au cimetière religieux leur était refusée.

Les moments marquants

L'électricité est arrivée en 1929 dans 7 ou 8 foyers du bourg. La première radio fut celle de Mr SIBERIL en 1930. Il y a eu aussi l'arrivée du gaz et des premiers fourneaux dans les maisons, le premier piano mécanique chez Mr CORBEL. "On n'y mettait 2 sous et les danseurs de valse faisaient la démonstration"...


 

Joseph LE BIHAN est né à Kergrist-Moëlou alors que la Première Guerre Mondiale n'était pas encore déclarée. Joseph, doyen des hommes de la commune, plus connu sous le nom de NIN'KOZH ("Le Vieux" en breton) nous a ouvert le livre de sa vie lors d'une chaleureuse rencontre avec Catherine CONNAN.

Pour le second numéro du journal, j'ai rencontré, avec Martine CONNAN et Rolland LE CAM, Joseph âgé de 91 ans, doyen de notre commune et artisan maçon retraité. Cet homme est une bibliothèque de souvenirs à lui seul. Ses principales passions sont la chasse, la pêche, les copains et ...KERGRIST !

Quels sont vos souvenirs d'école ?

Mes souvenirs sont très bons. J'étais bon élève à la surprise de mon père qui ne me voyait jamais ouvrir un livre. Le jour de mon certificat d"étude à Rostrenen, je suis arrivé en retard. L'inspecteur ne voulait pas me laisser passer les épreuves : "Il est jeune, il reviendra l'année prochaine !". J'ai insisté pour qu'un professeur veuille bien me faire la dictée. Remarquant que mon travail n'était pas si mal que ça, il me donna les problèmes de mathématiques. En deux coups de cuillère à pot, voilà les exercices finis ! J'étais arrivé le dernier, mais j'ai terminé premier !

Ensuite, vous avez commencé à travailler ?

J'ai commencé par garder les vaches à 12 ans, à Bonen [NDR : commune rattachée depuis à celle de Rostrenen] chez ma cousine, ce qui m'ennuyait éperdument. Je voulais absolument retourner à Kergrist. Dès mon retour, j'ai appris à tailler très vite les pierres avec mon père et mon oncle. Mes premières pierres ont permis de construire une maison à Kerbanel an Argoat.

La guerre est arrivée...

La guerre...il y en eu deux. Bien sûr, pendant la Guerre de 14-18, j'étais enfant. Mais je me souviens des soldats qui venaient en permission. Il avaient tous des képis sauf Julien Le M.. Lui, il était dans l'armée coloniale alors il portait un chéchia. Malheureusement, il fut tué les mois suivants.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, j'étais en première ligne. Nous avons été capturés dès le premier jour de combat en Belgique. Comme les Allemands avaient besoin de nous, nous avons été conduits dans un camp. Au début de ma captivité, ce fut très dur : manque d'hygiène et de soins... Les angines étaient soignées à l'eau froide. Les premiers jours, j'ai cassé des pierres pour la route du camp nommée "Hitler Strade". Puis, ils recherchaient des personnes pour travailler en ville. Les usines étaient réquisitionnées pour la fabrique de bombes et obus et pour confectionner du textile. Par la suite, j'ai travaillé dans les Services du Gaz de ville et cela tout le reste de ma captivité c'est à dire cinq années. J'ai beaucoup appris.

En rentrant, j'aurais pu être embauché comme beaucoup au Gaz de France mais il n'en était pas question...Quitter Kergrist, les copains, la pêche, la chasse ...!

Que pouvez-vous nous dire sur Kergrist ?

Beaucoup de choses. J'ai vu la transformation du calvaire. D'ailleurs les marches du calvaire que vous voyez sur certaines cartes postales ont été montées par mon grand-père. Les Beaux-Arts ont décidé que le calvaire devait être reconstruit comme il était à l'époque de la Révolution. La croix de mission bâtie grâce aux dons de la population kergristoise a été remplacée et délaissée pendant plusieurs années à côté des ifs. Le jour où j'ai aidé à la construction du mur du nouveau cimetière, je me suis souvenu de cette croix de mission en pensant qu'elle serait aussi bien là que parmi les herbes. Je l'ai donc installée mais un problème s'est posé. Le Christ de la croix doit être orienté vers l'est et dans cette position il tournait le dos aux personnes. Devant ce problème, j'ai pris l'avis du curé. Il me suggéra de placer l'ancienne croix de devant l'Église mais cela ne rendait pas terrible non plus. Donc, nous avons conclu de la mettre au cimetière, le Christ tourné à l'ouest, mais face aux gens arrivant dans le cimetière.

Michel LE CHEVALIER m'a parlé du château de Kergrist

Je l'ai bien connu... Jean-Louis C. faisait le tour des campagnes pour ramasser les vieux chiffons qu'il rangeait dans le château. Le château a pris feu un dimanche pendant que tout le monde était à la messe. Tout l'intérieur a brûlé. Il ne restait que les murs. Les deux propriétaires se sont partagé les pierres.

L'Église était très fréquentée à cette époque...

Oui, au début du siècle, la religion était importante. Il y avait un vicaire et un curé. La première voiture que j'ai vu était d'ailleurs celle du vicaire venu de Canihuel. J'avais 14 ou 15 ans. Je me souviens des baptêmes. En ce temps, les parrains et marraines jetaient des pièces à la sortie de l'église. Nous venions les attraper même lorsque nous étions en récréation à l'école. La cloche était sonnée par le sacristain. Plus on lui donnait de l'argent, plus il sonnait la cloche.

Lorsque j'étais jeune, j'ai participé aux quêtes pour le curé et le vicaire. Les femmes se chargeaient de récupérer le beurre et les hommes le blé. Dans chaque maison, la bouteille de vin était mise sur la table. C'était une question d'honneur !

La fontaine qui se trouve à côté du café "Le Refuge" fut construite par mon oncle. On l'appelle "Feunteun Lapitch"... Mon oncle avait déplacé le Saint Lapitch de l'église vers cette fontaine. L'Église n'avait pas apprécié l'incident... et mon oncle fut excommunié !

Parlez-moi un peu de vos loisirs

La chasse ! Lorsque le temps n'était pas beau, j'allais chasser. Ce que je chassais le matin, je le vendais au bourg. On gagnait autant avec la chasse qu'au travail mais certains ne donnaient pas beaucoup pour un lapin ! J'ai chassé depuis l'âge de 16 ans et jusqu'en 1989.

Pourquoi vous surnomme-t-on "Nin'Kozh" ?

Un jour, je pêchais avec des copains et j'étais le plus vieux. Je laisse ma ligne et je sens qu'elle est mordue par un poisson. A ce moment-là, j'ai dit en breton "Deut eo heman gant nin'kozh !" ce qui veut dire "Le vieux en aura au moins une !". Depuis, c'est resté...


 

"II ne reste plus de cette chapelle que les murs délabrés et décrépis qui eux aussi s'écroulent petit à petit et sont envahis par le lierre, la mousse. A l'intérieur se trouve un grand autel tout en pierre solidement construit. Il y a encore dans les murs la forme de deux fenêtres et de trois portes. Comme pavé, il y a au fond un tas de pierres et de terre recouvert d'herbe et sur le reste des orties et ronces. A côté de la chapelle il y a la moitié d'une croix surmontée sur un socle de pierres moussues. Tout est calme et paisible autour de ce grand bâtiment. Seul quelquefois le bruit léger du vent berçant les sapins qui l'entourent, ou le bruit d'un troupeau de vaches allant au champ, vient troubler ce silence si grand. En voyant cette chapelle je pense à tous ceux qui y sont passés pour le pardon et pour les autres fêtes. Et je me dis en moi-même "qu'il faut être lâche pour laisser une telle demeure s'écrouler". Quelle grande douleur, quelle tristesse que de voir cette vaste chapelle en ruines. Mais aussi quelle impression de beauté en pensant à ce qu'elle était et à ceux qui ont mis tout leur cœur pour la rendre plus belle".

Ainsi s'exprimait Etienne LAMER dans les années soixante à propos de la Chapelle de l'Isle dans un devoir de français au collège... Son frère a repris le flambeau de son jeune frère décédé alors qu'il était adolescent. Quiconque découvre la chapelle aujourd'hui a peine à croire qu'elle puisse avoir été dans cet état de délabrement. Cette rédaction de collégien a pourtant bien été écrite à l'heure où semblait sonner le glas pour cette petite chapelle. La campagne subissait alors une évolution galopante. L'heure était au "formica", au goudronnage systématique, aux constructions de maisons "néo-bretonnes" tandis que les vieilles pierres disparaissaient sous les ronciers.

Au village de l'Isle et dans les alentours, des hommes et des femmes ont refusé cet affront du temps sur le patrimoine. Témoins de l'existence des ruines, ils n'en étaient pas responsables... Mais assumer la disparition de la chapelle, en laissant la végétation finir de la dévorer, leur parut inconcevable ! Ainsi la prise de conscience des uns, aidée du courage des autres, leur a permis de se lancer dans un chantier titanesque : sauver les ruines et rénover cette chapelle, afin de transmettre aux générations futures ce qui subsistait encore.

La Chapelle : quelques éléments depuis ses origines à la rénovation

Contrairement à ce que pourrait laisser penser la date gravée dans la pierre au-dessus de la porte du couchant (1773), la construction de cette chapelle remonte au XVIIème siècle. Les archives de la paroisse attestent l'existence d'un chantier de construction en 1646. Il semble même que certains éléments d'architecture de cette chapelle (baies, arc diaphragme à l'intérieur, contreforts, porte Sud particulièrement travaillée) paraissent de construction plus ancienne, et que l'origine de l'édifice se situerait à la fin du XIVème siècle.

En 1871, le pignon du couchant s'écroula, la réparation fut effectuée et le conseil paroissial décida la même année de réparer la toiture et la charpente. Dans un inventaire des églises et chapelles du département réalisé en 1937, la toiture de la chapelle de l'Isle est signalée croulante. Le pardon est encore célébré dans les murs du sanctuaire jusqu'en 1969. Puis le recteur de l'époque (F. Failler) écrira dans son bulletin : "II n'y a pas moyen d'approcher de la chapelle avec les broussailles qui ont envahi les alentours".

Les murs de la chapelle de l'Isle n'étaient plus que refuges pour les oiseaux, et les pierres de tailles disparaissent clandestinement les unes après les autres vers d'autres rénovations. L'ensemble de l'édifice et du terrain fut convoité et la municipalité de l'époque reçut même une offre d'achat. C'est dans ce contexte que se forma l'élan de celles et ceux qui devinrent "Les Amis de la Chapelle de l'Isle". En 1975, après un débroussaillage, le pardon put être de nouveau célébré dans les ruines, puis débuta le grand chantier de rénovation. Combien de muscles mis à contribution ? Combien d'efforts et de sueurs ? Combien de calculs pour financer un tel projet ? Laurent Le Corre et Roland Le Cam ont rencontré plusieurs de ces bénévoles pour en savoir plus... mais aussi pour leur rendre un hommage amplement mérité.

Sources: Livret Itron Varia An Enez e Kergrist-Moëlou. An Tour-Tan 1990. J.K.

Job LAMER, vous qui présidez cette association depuis 1985, racontez-nous cette formidable aventure...

En 1975, une proposition d'achat de la ruine a été faite par un particulier. Théo JEGOU, maire, a consulté le conseil paroissial. Il était impensable de vendre le patrimoine, ni de laisser la chapelle en ruine. Un grand chantier de débroussaillage a débuté avec le concours de jeunes Flamands. Arthur F. et Job L.sont venus me trouver pour leur prêter main forte car j'avais des connaissances en maçonnerie. Au départ c'était juste un coup de main, et puis je me suis retrouvé chef du chantier. J'ai passé une partie de mon enfance à l'Isle... cette chapelle méritait mieux que le lierre l'envahissant.

Comment s'est créé cet élan pour reconstruire entièrement la chapelle ?

Rapidement, l'association a été constituée. Arthur F. l'a présidée de 1976 à 1985. Il nous a fallu trouver de l'argent pour acheter les matériaux, et des bras de bénévoles pour faire les travaux. Au début, tout se faisait comme à l'ancien temps, en montant des échafaudages avec des madriers, puis nous avons acheté une petite grue. C'est le curé, Job L., qui faisait le grutier. Yves Le F., Raymond T., Etienne M., Louis Le F., Michel J. et tant d'autres ont travaillé des heures sur cette chapelle. J'oublierai des noms si je voulais citer tout le monde... La seule règle était le bénévolat, alors on acceptait toutes les bonnes volontés. Il y a même des gens de Plounevez-Quintin et de Rostrenen qui sont venus nous aider.

Quelques évènements vous reviennent ?

En 1981, la pose du premier vitrail. En 1982 la première partie de la chapelle fut couverte. Le gros œuvre fut achevé en 1985 avec la pose du clocher. Les soirées crêpes avaient lieu dans la chapelle avant la construction du hangar en 1990. En 1995 une grande fête célébra vingt années d'efforts. Chaque année les bénéfices de nos festivités nous permettaient d'envisager les travaux à venir car nous n'avons pas reçu de subventions considérables. Il nous a fallu acheter des pierres, il n'y en avait pas assez sur place. Les murs font 90 cm de large et les pignons 1,30 m !

Et si c'était à refaire ?

Comment dire non... Mais un tel investissement a des inconvénients : à tant faire à la chapelle, les travaux chez moi restaient en attente... Mais tout n'est pas achevé, il reste des travaux de jointements de pierres sur le côté Nord-Ouest. Le plus important c'est que notre petite association continue de vivre pour animer le village pour le pardon.

Noël J., vous avez vu la chapelle renaÎtre avec des yeux d'enfant...

La chapelle, ce n'était qu'un tas de ronce où on allait jouer. J'avais cinq ans en 1975 au début des travaux. Mon père participait à la rénovation comme tout le monde bien sûr. Notre ferme à Noguellou étant voisine de la chapelle, il est arrivé que nous mettions notre hangar à disposition de l'association.

Comment voyez-vous cet effort collectif ?

C'est un travail énorme, je ne suis pas certain qu'il y aurait tant d'énergie à l'heure actuelle. Mais cela prouve qu'avec le bénévolat et la volonté, on peut aller loin, c'est la chose à retenir. L'association des amis de la chapelle réunit beaucoup de monde une fois par an à l'Isle, pour le repas de crêpes. C'est un repère pour moi, il y a des gens que je ne vois quasiment qu'une fois par an, à cette occasion. Chacun a tant à faire dans sa ferme, on se voit de moins en moins... Alors ces petites fêtes de quartier ont un rôle très important pour maintenir les relations dans les campagnes.

 

Ur bannac'h lambig ? Tu prendras bien une petite goutte...,un mik,... T'auras une rincette, un pousse-café,... du lagoutte ?

Cette proposition vient souvent clore nos repas de famille, nos réunions amicales. Yec'hed mad ! Nous trinquons volontiers avec cet alcool local. Mais au fait comment ce liquide ambré est-il arrivé dans la bouteille sortie de derrière les fagots ? Pour le savoir, nous sommes allés rendre visite à Yves M. au village de Moustermeur afin de causer un peu de l'activité qui anime encore nos campagnes quand les pommes mûrissent. Aval ruz, Marie Ménard ou Belle normande... Yves a ramassé, transporté, pressé quelques tonnes de pommes depuis bien des années.

Yves, vous avez toujours habité ici à Moustermeur ?

Non, je suis né il y a 81 ans à Kerdouc'h. J'ai donc fait 1 km pour m'installer en 1948 à Moustermeur.

Depuis combien de temps vous faîtes du cidre et de l'eau de vie ?

Depuis toujours. Avant d'en faire ici dans ma ferme, j'aidais mon père à presser les pommes à Kerdouc'h. Je me rappelle qu'il y avait 4 vergers à Kerdouc'h, ça représentait au moins 2 hectares de pommiers

Toutes les fermes produisaient de l'eau de vie ?

Quasiment tous ceux qui avaient des pommiers. Ça permettait d'avoir une petite goutte à mettre dans le café ou pour trinquer à l'occasion comme à la fin des battages.

C'était une habitude pour la fin des battages ?

Oui, c'était toujours comme ça, on buvait un coup de lambig quand le chantier se finissait. Je me rappelle qu'il arrivait que les battages finissent en cours de matinée dans une ferme, alors chacun avait son verre de goutte... Mais il fallait ensuite déplacer la batteuse vers une autre ferme pour continuer la journée de travail et, parfois, certains avaient chaud avant de se remettre au boulot

Alors, concrètement quand on a fait son cidre comment on s'y prend pour le transformer en eau de vie de cidre ?

A la fin de décembre et en mars, le bouilleur de cru annonce son passage dans le journal. Ensuite, il faut demander le laisser-passer aux Impôts Indirects à Rostrenen, en fournissant le numéro du tracteur, la route que tu vas prendre et le nombre de kilomètres que tu dois faire pour transporter ton cidre à l'aller et ton eau de vie au retour. Si tu croises les gendarmes, tout doit être en règle, sinon...!

On peut en faire tant qu'on veut ?

Non, tu peux emmener une barrique de 220 litres de cidre que le bouilleur transformera en 20 litres d'eau de vie à 50 degrés. Pas un de plus, c'est la loi.

Comment on s'y prend alors ?

Tu amènes ta barrique de cidre. Souvent on choisit le cidre qu'on aime le moins mais pourtant pour faire du bon lambig il vaut mieux avoir du bon cidre, ça va de soi ! Tu amènes aussi des bûches et un fagot au bouilleur pour le feu. Il faut transvaser le cidre dans la machine avec une pompe à main. Il faut aussi pomper l'eau du ruisseau qui sert au refroidissement de l'alambic. Les clients de l'alambic sont autorisés à rentrer à la maison avec l'alcool à deux moments de la journée : midi et 18 heures. On appelle ça "les levées". Ça donne l'occasion de se retrouver avec tous ceux qui sont venus faire leur eau de vie.

On se servait de l'eau de vie pour faire des liqueurs ou y mettre des fruits ?

Peut-être, oui. Certainement des prunelles dans les fermes où il avait des femmes pour s'occuper de ça ! La plupart du temps, on laisse le lambig reposer au moins six mois dans un petit fût. Il prend une belle couleur et on le met en bouteille.

Tout le monde peut faire de l'eau de vie ?

Oui, mais tu payerais une taxe et ça te reviendrait aussi cher que d'aller l'acheter toute prête dans un magasin. Les gens qui ont encore les droits continuent à en faire. Mais on est de moins en moins nombreux. Pour avoir ces droits, il fallait être cultivateur et posséder des pommiers au moment où la loi a été créée en 1958. Le droit était délivré à une personne dans la ferme et ces droits disparaissent quand les gens décèdent. Ça ne se transmet pas malheureusement.

Quand on possède ce droit, on ne paye pas de taxes ?

Tu dois juste payer le bouilleur de cru. Ça te coûte 33 Euros maintenant. Le tarif a augmenté. Avant, je me rappelle dans les années soixante-dix, ça coûtait toujours dix huit mille... Je te parle en anciens francs, tu traduiras en Euros !

Des choses ont changé dans la façon de faire de nos jours ?

Pas grand-chose sauf qu'on transporte les barriques avec des tracteurs. Je me rappelle les avoir emmenées en charrette autrefois à Rostrenen. Sinon, maintenant, c'est le bouilleur de cru qui s'occupe des papiers, ce n'est plus la peine d'aller aux Impôts à Rostrenen, c'est plus simple.

Daniel J., agriculteur à Gourin, exerce ce métier de bouilleur de cru et s'est rendu cette année, au début janvier, à Kergrist-Moëlou. Comme d'habitude, il a placé son alambic à la sortie du bourg, sur la route de Trémargat.

Depuis combien de temps êtes-vous bouilleur ?

Comme beaucoup dans la région de Gourin, nous sommes partis en 1965 aux États-Unis. Je me suis installé à mon retour, en 1974, en prenant la suite de mon père.

Vous avez beaucoup de clients ?

Au début de mon activité, j'avais une cinquantaine de clients à Kergrist-Moëlou. Maintenant, ils ne sont plus guère qu'une dizaine.

Que pouvez-vous nous dire de votre alambic ?

C'est une machine tout en cuivre, qui fonctionne au feu de bois. J'en possède une autre à gaz. Je m'en sert plus sur la côte. Le principe est toujours le même : la distillation, l'alcool s'évapore puis on le recueille par condensation. Il faut environ trente minutes pour "brûler" une barrique de 220 litres de cidre.

Pensez-vous que votre activité puisse exister encore longtemps ?

Non, il y a de moins en moins de clients qui ont les droits. C'est possible qu'un jour je ne déplacerai plus l'alambic.. C'est dommage, encore un petit bout de la vie des campagnes qui disparaîtra ! Le moment des "levées" est toujours un lieu de rencontre et de convivialité. Désormais, on n'en fait déjà plus qu'une vers 18 heures.


 

Quatre-vingt-quatorze printemps révolus depuis octobre dernier. Germaine n'est pas sortie de sa maison de Saint-Coudan depuis bien longtemps. Martine Connan, Albert Moudic et Roland Le Cam sont allés lui rendre visite. Un peu surprise, mais heureuse d'être sollicitée par notre bulletin communal, Germaine s'est fait un plaisir de nous livrer ses souvenirs, mais aussi sa pensée sur le monde actuel.

Vous êtes née au début du siècle...

Je suis née à l'Isle en 1908, dans une famille de dix enfants. Peu de temps après ma naissance, on s'est installés à Bouillen en Maël-carhaix. Puis on est venus à Scubériou. La famille s'agrandissait, il fallait que les parents trouvent une ferme plus grande pour nourrir tout le monde...

Vous alliez à l'école à Kergrist-Moëlou ?

Non, au début je suis allée quelques mois à Maël-Carhaix, puis je suis allée pendant six ans à l'école à Rostrenen. C'était en pension. Il n'y avait pas grand-chose à manger. Ma mère venait les jours de marché et elle en profitait pour m'apporter du pain et du beurre et un peu de lard quand il y en avait. Sinon, à la pension, on nous donnait de la soupe. Un jour, en finissant mon écuelle, j'ai trouvé une petite limace au fond ...alors je ne voulais plus de soupe après !

Les classes étaient chargées ?

Je me rappelle qu'on était une soixantaine dans la classe du certificat. Mais il y avait deux divisions dans la classe. La maîtresse s'appelait Mademoiselle G.. L'école était à côté de la Poste à Rostrenen. Le mardi, comme beaucoup de marchands s'installaient près de l'école pour le marché, Mademoiselle G. traçait une ligne à la craie au sol devant l'école. On n'avait pas le droit d'aller de l'autre côté. L'école n'existe plus à cet endroit. Je me souviens aussi d'une maison de justice à côté où on réglait les affaires de voisinages. Des histoires de clôtures et de partage de puits. Les gens allaient voir, il y avait de l'animation !

La vie au village était meilleure qu'à l'école ?

Oh, à la maison il fallait travailler dur. On avait de la meilleure nourriture qu'à la pension. Mais il y avait des malheureux aussi. Avant, dans les petites fermes, les gens travaillaient avec des boeufs et mes parents ont même vu certains travailler avec des vaches. On ne gaspillait rien, on allait même glaner les blés.

Vous avez donc connu les deux guerres ?

Oui, deux guerres. Mon frère Iwan a été tué à Craonne en 1917. Il venait juste de partir. Deux de mes oncles sont aussi morts pendant la Guerre de 14-18. Et, vingt ans après, on a remis ça, encore. Il y a eu des choses affreuses pendant la guerre contre les allemands mais à la libération aussi. On a souffert...

Vous avez l'air en forme...

Je n'ai pas vu souvent de médecin.... Une fois j'ai trébuché et il a fallu appeler le docteur, et l'autre fois je me suis fait une brûlure avec l'insert. Sinon, je ne me rappelle pas avoir été malade. Bien sûr, j'ai des rhumatismes dans mes jambes, mais on ne peut rien contre ça.

Vous sortez rarement de chez vous ?

Oui, à cause de mes rhumatismes j'ai du mal à plier les jambes. Avant, Claude, mon fils, m'emmenait en voiture faire une promenade. Maintenant je n'arrive plus à monter dedans. Mais tous les jours je vois le facteur et la boulangère une fois par semaine. Je ne n'ennuie pas. J'ai mes chiens qui me tiennent compagnie. Et puis je lis mon journal et je regarde la télévision.

Les informations vous intéressent ?

Je ne les rate jamais. Vous avez vu l'autre jour à la télé, on voyait des gens sans abris qui étaient logés juste pour une nuit et, après, on les mettait dehors. Avant il n'y avait pas de choses comme ça. Les mendiants, bien sûr ça existait. Ils venaient dire une prière à la porte. Alors, on leur donnait un morceau de lard et ils pouvaient dormir dans la crèche. Ils trouvaient des petits travaux à faire...Tout était à faire à la main, avant. Il y 'avait beaucoup de travail. Maintenant c'est plus comme ça.

Alors c'était mieux, dans le temps... ?

Bien sûr que c'était mieux. Ton beurre, tu le faisais. Ton pain aussi. Maintenant il faut tout acheter, il faut de l'argent. Les fermiers ont beaucoup plus d'ennuis et pourtant leur travail est plus facile avec les machines, ça c'est sûr... mais ça coûte cher. Il y a des faillites dans les fermes, je m'en rends compte dans le journal. Ça arrivait aussi avant, mais pas si souvent. Je me souviens d'une ferme où les vaches ne donnaient plus de lait. Les gens étaient persuadés qu'un sort leur avait été jeté. Ça arrivait des fois. Alors, ils sont allés voir le curé comme on faisait toujours. Et le curé est venu à la ferme. En arrivant il leur a dit : "Vos vaches ne sont pas ensorcelées, elles n'ont que de la paille. Donnez-leur de l'herbe à manger et elles feront du lait !" On n'avait pas beaucoup, mais on partageait. Quand quelqu'un tuait son cochon, il faisait profiter les voisins. De toute façon, on ne pouvait pas conserver longtemps la viande. Et, plus tard, c'est un voisin qui apportait à son tour un morceau de la bête qu'il avait tuée. Ah, quand il y avait du pâté, de la saucisse, ça faisait un sacré bon repas, il n'y avait pas de restes !

Et le village de Saint-Coudan, que pouvez-vous nous en dire ?

J'y suis venue après avoir quitté Lostiteau. J'ai souvent entendu dire que, dans le temps, il y avait une chapelle à Saint-Coudan, et une fontaine aussi. Mais je crois qu'une route passe dessus maintenant. Sur ma maison, il y a comme un coquillage gravé dans une pierre. Put-être que c'est dû aux pèlerinages de Compostelle, je ne sais pas trop...

Ce soir-là, à Saint-Coudan, nous avons quitté Germaine en la remerciant pour son accueil. Elle nous a dit qu'elle attendait maintenant le prochain bulletin communal. D'ailleurs, elle se souvenait avoir lu l'interview de Joseph Le B. dans un numéro précédent.



 

Une soirée de décembre Hélène L. nous a ouvert sa porte.
Un soir d'hiver, peu avant Noël, nous avons passé un long moment avec elle, lui demandant sans cesse de faire resurgir de sa mémoire le passé de sa boulangerie. Une soirée pour évoquer en toute simplicité, à travers le bulletin communal, la personnalité d'Yves, son époux décédé il y a presque deux décennies.

Boulanger de son état, Yves maîtrisait autant la recette du refrain que celle du pain. Yves s'appliquait à la tâche avec l'éternel sifflement du roitelet. La mélodie au bout des lèvres, l'amour de son travail dans les mains, Yves faisait partie de ces travailleurs que l'on aime retrouver dans les vieux films noir et blanc de Pagnol ou d'Audiard.

Plus que tout cela, Yves L. était un créateur de rimes, un manipulateur adroit de la strophe, un amoureux du bon mot.

Son imagination débordante nous a laissé de nombreux textes concernant la vie kergristoise des années cinquante aux années quatre-vingts.

Alors Hélène, comment évoquer Yves ? Boulanger ou chansonnier ?

Boulanger d'abord, c'était son métier. Yves avait fait son apprentissage à la boulangerie Le Rudulier à Rostrenen. On s'est marié en 1948 et l'année suivante on s'est installé au bourg de Kergrist-Moëlou. La boulangerie n'était pas encore ici mais dans la petite maison basse sur le trottoir en face.

Yves fredonnait en travaillant ou après l'effort ?

Yves chantait tout le temps. D'ailleurs, il faisait même les livraisons de pain en chantant. Au début il partait vendre le pain en campagne avec son vélo et une petite remorque... Chanter ça donne du courage, dans le secteur de l'Argoat les côtes sont raides ! Plusieurs personnes racontaient qu'ils l'entendaient arriver grâce à ses ritournelles. Ensuite, quand on a pu acheter une voiture en 1955, c'était avec une B14 qu'il faisait sa tournée. Ce qu'il aimait surtout c'était avoir de quoi écrire près de lui lorsqu'il préparait son pain. Le temps d'une fournée et l'inspiration lui venait.

Quels genres de thèmes inspiraient Yves ?

A peu près tout... Il suffisait qu'il se passe quelque chose au bourg pour qu'il prenne son crayon et transforme les paroles d'un air connu en une chansonnette kergristoise. Mais bien sûr, il y a des sujets qui lui plaisaient particulièrement comme le football.

Effectivement, Yves L. fit partie des fondateurs de L'U.S.K. en 1972 avec Raymond Le D. et André G. et l'Abbé Job L.. Il en fut également le président et composa avec beaucoup d'inspiration une chanson en hommage à son club de foot préféré dont Hélène son épouse fut toujours une bénévole active et dont son fils "Charlot" garda longtemps les filets.

Hélène nous ouvre un cahier contenant les textes écrits vingt ans plus tôt par Yves. Avec beaucoup d'émotion et de curiosité, nous entrons dans les pages de l'ancien boulanger troubadour...

Observateur de la vie kergristoise, Yves L. n'en était pas moins un chroniqueur taquin des événements de son époque. Une chanson pour le facteur, une chanson pour le service d'eau puis un petit tour dans les affaires nationales avec une chanson à propos des" avions renifleurs ". Nous effeuillons ce cahier, les pupilles écarquillées en lisant l'aventure du Lutin de Lanrivain... Hélène s'amuse et nous raconte... Il avait suffi que des chasseurs racontent la découverte de traces sur lesquelles ils n'arrivaient pas à mettre de nom d'animal pour qu'Yves prenne son crayon et en fasse une énorme farce en inventant un lutin à trois pattes !

L'heure que l'on avance et que l'on recule eut également droit à sa chanson:

"Un p'tit coup d'pouce à la pendule !" Un petit tour dans la plaisanterie avec les pandores : "Le soulomètre" pour une blague bon enfant rimant entre gendarmes et contrôle d'alcoolémie, puis évocation de la beauté d'un paysage voisin pour chanter" Les gorges du Corong".

Retour dans les affaires qui fâchent : les événements de Plogoff ont place dans le cahier d'Yves. Le répertoire d'Yves L. était ainsi fait passant de la bonne blague à la chanson revendicative. Yves chantait aussi bien la disparition de Laïka la chienne de son ami, que les élections municipales...

Hélène nous évoque la première chanson de son époux à l'époque de l'occupation. Il chantait sur le marché et vendait le texte imprimé sur une feuille à qui voulait bien l'acquérir pour la bonne cause puisque le produit de la vente était reversé pour aider les prisonniers de guerre. Cinq cents feuillets furent ainsi vendus.

La corporation boulangère fut aussi dans les lignes de ses compositions à l'époque où contrôleurs de pains pouvaient surgir à tout instant dans la boulangerie pour vérifier le poids du pain.

A propos de pain Hélène nous emmène dans le garage voisin de la maison où se trouve encore le fournil et les pelles comme le boulanger les avaient laissées. En cette soirée de décembre les lumières de Noël scintillent dans la rue et les yeux d'Hélène brillent en évoquant les chansonnettes de son époux boulanger faiseur de bon pain, faiseur de bon mot, fabricant de bonheur...

Nous sommes dans la Rue Traversière qui monte depuis le stop vers la route de Callac. Tout est calme. Yves avait décrété avec tendresse qu'à ses yeux elle était...:

La plus belle rue du Bourg
Elle s'éveille de bon matin
On entend la voiture du facteur
Qui démarre toujours à la même heure
Peu à peu c'est l'animation
Très courageux passe le maçon
Et le boulanger faisant son pain
Tout joyeux entonne ce refrain...

Les textes d'Yves L. sont publiés dans le bulletin d'information communal avec l'aimable autorisation de son épouse.

Yves L. est né en 1921 à Rostrenen. Il fut boulanger au bourg de Kergrist-Moëlou de 1949 à 1892 lorsqu'il prit sa retraite. Son existence fut rimée par l'amour de son travail et par le plaisir de composer des chansonnettes.

 

Récemment un livre vient d'être publié par Liv'Editions du Faouët. Il s'agit de la Voix de l'Argoat. Son auteur kergristois s'est éteint il y a dix ans, après avoir connu bien des métiers toute sa vie. Cafetier, coiffeur, conducteur de car, crocanteur, Frédéric Le B. n'en a pas moins couché en vers de sa plume l'authentique émotion de son existence. Pour notre bulletin communal, Martine Connan, Laurent Le Corre et Roland Le Cam sont allés se promener dans les rimes de Frédéric...

Nous sommes reçus par Arlette et Clément ses enfants, qui en hommage à leur père ont décidé de faire paraître cet ouvrage posthume. Le café du bourg est encore meublé d'un décor rustique, derrière le bar vide nous imaginons encore une fois la prestance de ce bistrotier atypique. Peu à peu Clément, Arlette nous racontent. La voix de Frédéric nous arrive par leur intermédiaire, la voix de l'argoat...

Frédéric est né en 1911 dans cette maison où il a vécu toute sa vie. Petit, trop petit comme tant d'enfants en ce début de siècle, il voit l'image de son père s'effacer à jamais sur un champ de bataille de la grande guerre. Frédéric grandit dans cette absence paternelle qui le marquera profondément. Il réussit bien à l'école, passe son certificat d'études, puis il abandonne l'école, lui qui aurait tant voulu devenir avocat. Frédéric ne va pas pour autant mettre un terme à sa quête de culture, car c'est seul et de son propre gré qu'il va s'attacher à lire les grands auteurs...

Une passion naît. Celle de lire, celle d'écrire. Frédéric découvre le pouvoir et la magie des mots, il ne s'en lasse pas et n'abandonnera jamais cette quête littéraire. Arlette, sa fille, nous avoue que la maman de Frédéric devait tout de même y être pour quelque chose. A l'époque, elle avait déjà le brevet des collèges et elle a tout fait pour que ses enfants accèdent au plaisir d'étudier...

En 1944 Frédéric, reprend le bistrot-commerce de sa mère avec Maria qu'il a épousé neuf ans plus tôt. Peut-être parce qu'il faut s'adapter et savoir innover dans le commerce, Frédéric et Maria effectuent une formation de coiffeurs à Saint-Brieuc. Mais le peigne ne retient pas longtemps Frédéric dans son salon et, s'il aide volontiers son épouse en cas d'affluence, Frédéric a besoin de grand air, de nature, de contact avec les éléments.

Toujours la fibre du commerce dans l'âme, Frédéric arpente la campagne, vend et achète du bétail. Chaque instant est propice à la prise de note, à !'écriture de quelques pensées. Un carnet est toujours à portée de main pour recueillir l'émotion...

L'Abbé Job L., autre personnage emblématique de Kergrist-Moëlou et passionné de culture, publie des textes de Frédéric dans le bulletin paroissial. Certains poèmes sont lus en public, comme cet hommage à son ami Louis Le G. décédé àla fin de la guerre, ou le " Onze Novembre Sacré ". Les vers de Frédéric émeuvent le Kergristois...

La dernière maison au toit de chaume du bourg inspire Frédéric. Ses vers sont primés. Il reçoit la première mention au Grand prix de Bretagne aux jeux floraux de Tréguier en 1967 et obtient une médaille. Inéluctablement, des années plus tard, cette chaumière qui se situait sur la route qui monte aux quatre vents, disparaît en 1994 sous le poids des ans.

Que j'aime à te revoir, ô petite chaumière
Abritée comme un nid dans le flanc du coteau
Vestige du vieux temps, tu es bien la dernière

Qui a su conserver ton antique manteau.

(La dernière chaumière, 1961)

Frédéric Le B. puise sa source dans ses lectures mais aussi dans les relations humaines qu'il entretient plus que jamais lorsqu'il crée, au début des années 50, sa salle de danse : L'Oiseau Bleu. Mariages, bals, l'essence de la vie kergristoise au bourg bouillonne dans son commerce.

Ses amis Raymond Le D. et Yves L. , sont de toutes les parties. Ainsi, la fine équipe décide de créer pour un soir seulement à L'Oiseau Bleu une soirée cabaret intitulé " Le Grenier de Kergrist ", clin d'œil à l'émission de variétés le " Grenier de Montmartre "... Chacun y va de son texte, de sa chanson, le bourg exulte ! D'ailleurs, demandez à ceux qui y étaient, ils en rient encore et applaudissent cette initiative que Frédéric avait fait naître sous j'égide du Comité des fêtes.

Frédéric sentit " dans les années Formica " venir une nouvelle orientation pour son commerce qui sera désormais un Bar-Brocante. Il va par monts et par vaux dénicher les coffres devenus clapiers, pendules et vaisseliers que l'on remise au poulailler et se créer ainsi une nouvelle activité commerciale...

Publication des textes dans le bulletin d'information communal avec l'aimable autorisation de la famille.

 

Notre commune a vu ces dernières années s'installer de nombreuses familles à Kergrist-Moëlou. Souvent venues de zones urbaines, voire d'autres pays, ces familles contribuent à entretenir une certaine vitalité dans la commune.

L'exode rural de la seconde moitié du XXème Siècle a sévèrement fait chuter le nombre d'habitants dans le Centre-Bretagne. Puis une période caractérisée par la volonté d'un retour vers les campagnes a débuté dans les années soixante-dix. Nombre de fermes ont été rénovées, voire même des exploitations agricoles reprises. Depuis une quinzaine d'années, le nombre d'habitants reste stable et voisine autour de 700 Kergristois.

Venir vivre en zone rurale, quitte à se passer de quelques conforts connus en ville, correspond toujours à un choix qu'effectuent un certain nombre de couples. Nous sommes allés frapper à la porte de quelques maisons, pour en savoir plus...

Marcel, Léa, Béatrice, Andréas, Philippe, Karen, Laurent et Gwénaëlle nous ont accueillis aimablement.

Andréas et Béatrice résident à Moustermeur depuis l'été 2003. Andréas est d'origine allemande et vit en France depuis bientôt douze ans. Il apprécie particulièrement la forte identité culturelle présente en centre Bretagne. Depuis leur arrivée, il se consacre à la rénovation de leur maison et s'occupe des enfants James et Jeffrey qui sont scolarisés à l'école communale. Béatrice travaillant pour une association à but humanitaire est amenée à rencontrer beaucoup de gens. Elle apprécie les contacts humains ici.

"Nous sommes arrivés il y a un an et demi, au moment de la canicule de l'été 2003. Nous habitions dans le sud de la France, dans les Corbières près de Perpignan. Comme nous possédions déjà cette petite maison à Moustermeur, nous sommes venus y chercher un peu de fraîcheur... et puis nous sommes restés. Professionnellement cela ne nous posait pas de problème majeur de changer de région. Nous avons été heureux de constater que l'accueil était assez chaleureux pour les nouveaux arrivants à Kergrist-Moëlou.

Dans le sud de la France, il nous avait paru plus difficile d'établir des liens. Ce que nous apprécions c'est bien sûr la qualité de la vie ici, la tranquillité, mais aussi le dynamisme culturel: on peut avoir accès à beaucoup de loisirs, il y a beaucoup de lieux en rapport avec les arts, la musique, les spectacles, des cabarets, des fest-noz même en pleine campagne ! Et puis des villes assez importantes sont à proximité: Carhaix ou Guingamp ne sont qu'à une bonne demi-heure. C'est différent des petits villages de montagne que nous connaissions !

Pour notre famille, il nous semble que pour avancer dans la vie il faut parfois oser des changements. Aller à la rencontre de nouveautés est une forme d'enrichissement."

Philippe et Karen sont arrivés en 2001. Lassés de la vie parisienne, ils ont choisi de s'installer ici pour connaître une vie plus tranquille et offrir un cadre de vie plus agréable à Thomas leur petit garçon. Après avoir passé 3 ans au bourg de Kergrist, ils emménagent à Saint-Lubin.

"Ce ne fut pas simple, laisser nos emplois, déménager et partir à 500 kilomètres était une décision audacieuse. Aujourd'hui nous ne regrettons pas notre choix. Karen a choisi de venir également pour rejoindre sa sœur qui avait fait le même chemin dix ans auparavant. Nous avons trouvé ici un accueil agréable et des relations humaines plus simples qu'en ville. Depuis notre installation, nous nous sommes impliqués dans les associations locales. Cela permet de faire des rencontres et d'établir des relations amicales". Karen est trésorière du comité des fêtes de Saint-Lubin et Philippe est membre de L'USK. "Pour le travail, il nous faut faire un peu de route". Philippe est responsable du Vêtimarché de Saint-Brieuc, et Karen est secrétaire médicale à l'hôpital de Carhaix. "Nous venons tout juste de nous installer dans une maison à Saint-Lubin. Il nous fallait un peu plus de place: un bébé est prévu pour le mois de Juin !".

Marcel habite avec Léa sa maman dans une maison située sur le flanc d'une colline sur les hauteurs de Kergrist-Moëlou à Toull ar Roc'h. D'origine hollandaise, ils ont choisi de vivre dans ce lieu tranquille depuis 1999. Marcel est souvent venu en vacances en France dans les régions de bord de mer. C'est en Centre Bretagne qu'il a choisi de s'installer.

"Cela aurait pu être ailleurs qu'à Kergrist-Moëlou, mais l'occasion s'est présentée pour moi d'acquérir cette maison par le biais des vendeurs qui étaient aussi hollandais. Ce que je recherchais avant tout c'était un endroit calme, loin des turpitudes des villes. En Hollande, nous sommes contraints de vivre dans des zones à très forte densité de population. Ces lieux-là n'existent pas ! Ici, j'ai le sentiment de vivre dans l'un des derniers endroits préservés ayant un cadre de vie de bonne qualité. C'est isolé, mais je trouve ce dont j'ai besoin au bourg. Il y a un magasin, un tabac. Je sais qu'il va bientôt y avoir une grande salle des fêtes. Il existe une forme de dynamisme dans des petits villages comme le nôtre.

Concernant le centre Bretagne, je constate qu'une réflexion existe quant aux questions de gestion des ordures ménagères et de qualité de l'eau. C'est important... Je trouve qu'il n'est pas difficile de s'intégrer si l'on accepte de faire quelques efforts pour rencontrer les gens. Bien sûr la langue française peut être un handicap pour certains étrangers.

J'ai apprécié l'accueil que l'on m'a réservé à la Mairie de Kergrist concernant les démarches administratives que j'ai pu être amené à faire. Notre maison est maintenant rénovée, je me sens bien dans ce mode de vie calme et simple. La Hollande ? Je n'ai pas l'intention d'y retourner... Si des amis hollandais souhaitent nous voir et bien qu'ils viennent nous rendre visite ici !".

Laurent et Gwénaëlle habitent à Saint-Lubin depuis l'été 2002. Venus de Colombes, dans la région Parisienne, ils ont trouvé ici l'équilibre de vie qu'ils recherchaient. La maison de campagne achetée pour y passer les vacances est donc devenue l'habitation principale de ce couple. Pour eux, Kergrist-Moëlou ne fut pas tout à fait choisi au hasard puisque la famille de Gwénaëllle est kergristoise.

"En 1998, nous avions acheté cette maison à Saint-Lubin dans le but de venir y passer nos congés d'été. Chaque année, nous venions en vacances ici pour nous reposer et rendre visite à la famille. Il y a deux ans, nous sommes venus comme chaque année mais avec la ferme intention de ne plus repartir... La vie en banlieue ne correspondait plus à ce que l'on recherchait. Nous avons donc abandonné notre vie parisienne, nos emplois".

Depuis Laurent, qui est miroitier, travaille à Carhaix dans l'entreprise Logiprotec. Gwénaëlle a également un emploi partiel sur Carhaix et le complète en assurant la tâche d'aide à domicile chez des personnes âgées de la commune.

"Allan et Marie, nos enfants, ont trouvé ici des repères très facilement loin des situations de stress des écoles de banlieue. À Saint-Lubin, les enfants connaissent les voisins et c'est assez tranquille. Il faut quand même être vigilant par rapport à la route. Il y a des véhicules qui traversent le village vraiment trop vite... Nous avons donc retapé cette maison de vacances en y mettant un peu de confort. Nous y sommes bien et loin de nous l'idée de retourner à Colombes !".

 

Cette année (2005), l'école de Kergrist-Moëlou a fêté ses cent ans. A cette occasion Martine THOMAS-HENAFF a réalisé un travail très intéressant de recherches dans le passé scolaire de notre commune. Mémoire d'école en est un résumé que Martine a réalisé pour notre bulletin communal.

L'année 2005 marque une série de manifestations pour fêter des centenaires tant au niveau national que départemental : centenaire de la mort de Jules Verne, de l'adoption de la loi de 9 décembre de séparation de l'Église et de l'État, du petit train des Côtes-du-Nord...

A Kergrist-Moëlou, nous avons fêté modestement les 100 ans de notre école communale par une exposition de photos de classe intitulée Mémoire d'école : 100 ans, 100 photos qui s'est déroulée du 15 au 20 avril 2005 à la nouvelle Salle des fêtes communale "Lein Roc'h". Mon but était de célébrer les 100 ans de l'école d'une manière originale dans un lieu adapté ouvert à tous et d'archiver ces photos ainsi que les noms des élèves pour que nos enfants puissent un jour retrouver leurs parents, grands- parents...sur les bancs d'école.

18 mois de préparation !

Afin de réunir les 109 photos de classes exposées, et d'identifier une grande partie des élèves, 18 mois de collectage ont été nécessaires. Plus de 800 personnes ont ainsi été identifiées grâce à vos souvenirs... Merci à toutes les personnes qui m'ont soutenue et aidée aussi bien par le prêt des photos, leur temps, leur gentillesse et leur accueil. Sans vous, cela n'aurait pas été possible... Merci également à l'Amicale des parents d'élèves, aux Racines de Monsieur Lody et au Studio Marie Dominique (dépositaires des droits des photographes identifiés), à la Mairie, à la Médiathèque de Rostrenen, aux Archives départementales de Saint-Brieuc, au Crédit Agricole des Rostrenen et à la presse locale.

Quatre étudiantes en BTS "Assistantes de direction" du Lycée Notre-Dame de Guingamp (merci Jeff) m'ont rejointe sur ce projet en Septembre 2004 dans le cadre d'une action scolaire obligatoire : Elodie E., Céline Le C., Aurélie A. et Sabrina D.. Merci à elles de m'avoir aidée à réaliser ce projet et à l'étoffer par un historique de l'éducation primaire dans notre commune sur plus de 150 ans.

Par ailleurs, l'exposition a bénéficié du soutien du Musée de l'éducation rurale de Bothoa (02.96.29.73.95) qui nous a prêté du mobilier de classe ancien. Cela nous a permis de montrer l'évolution des tables au cours du XXème siècle... (merci monsieur le professeur) ce qui a rappelé beaucoup de souvenirs à certains et étonné les plus jeunes, notamment les enfants de maternelles.

Rappel historique

Les recherches effectuées aux Archives départementales et à la Mairie ont permis de faire un historique scolaire de la commune dont voici les grandes lignes.

L'ouverture de la première maison d'école a eu lieu en 1850-1851 (une seule classe... de garçons) malgré la Loi Guizot de 1833. L'école et la mairie cohabitent et cette dernière s'y trouve encore. Ce n'est qu'en 1868 qu'une classe de fille est ouverte à l'occasion de l'arrivée d'un nouvel instituteur et de son épouse !. En 1878, le conseil municipal "ne voit pas l'utilité de la construction de la maison d'école pour les filles...".

En 1879, une seconde classe de garçons (90 inscrits) est ouverte et des livres de bibliothèque (30) sont à disposition des élèves à partir de 1880. Suite aux lois Jules Ferry, une Commission scolaire est nommée et la Caisse des écoles est créée... L'école devient gratuite. Dès cette époque, l'école devenant trop petite (la classe des filles servait aussi de mairie), la mairie va faire des réparations en attendant de grands travaux.

25 ans de discussions ont été nécessaires pour faire aboutir le projet de construction d'un groupe scolaire (école de filles et école de garçons) inauguré en août 1905. L'ancienne maison d'école est réhabilitée en Mairie, trieur et bascule en 1907... puis en bureau de poste dans les années 20 .

Le groupe scolaire comprend 3 classes pour l'école des filles et 3 pour l'école des gars, du mobilier neuf,... Les effectifs maximum seront atteind dans les années 1910 (145 gars et de près de 120 filles). Dans ces années, des projets d'écoles sont étudiés pour Saint-Lubin et pour Le Croasty mais ajournés en 1914. En 1936, un agrandissement de l'école des garçons par le pignon ouest est même envisagé puis ajourné.

Jusqu'en 1969, le groupe scolaire de Kergrist-Moëlou fonctionnera avec ses 2 écoles et ses 6 classes. Cette année là, la mixité s'impose et seules 3 classes vont subsister jusqu'aux années 80 où Kergrist perd une classe... puis une autre. Ainsi de 1985 à 1988, l'école n'a plus qu'une seule classe. Le mur qui sépare la cour des filles de celle des garçons s'ouvre partiellement en 1969 pour ne disparaître définitivement (avec la réfection de la cantine) qu'en 1989 comme à Berlin! La mobilisation de la population a permis de réouvrir une seconde classe en 1988 puis une troisième en 1991.

Sauvons notre école !

Depuis 15 ans, notre école communale fonctionne plutôt bien avec 3 classes et il serait dommage qu'en 2005 (pour le centenaire) en disparaisse une... Alors, merci à chacun de se mobiliser pour que les effectifs permettent de garder nos classes et un confort d'enseignement à nos enfants.

100 ans, 100 photos !

600 personnes sont venues voir l'exposition interactive dont les enfants des 3 classes de l'école (Kergrist ne compte que 700 habitants !). Certaines d'entre elles sont d'ailleurs venues 2 ou 3 fois. La photo la plus ancienne (que j'avais datée de 1914) a même suscité l'attention de plusieurs personnes qui ont reconnu leurs pères en 1912... Sur place, il était possible d'identifier les élèves (ou d'apporter des corrections) et de me déposer d'autres photos. A ce jour, 120 photos de classes vont être archivées (avec celles de 2005) et près de 1000 élèves ont été identifiés (dont 200 écoliers reconnus durant l'exposition).

Il est toujours possible de me contacter si vous avez d'autres photos. Je pense qu'il y a au moins une cinquantaine de photos manquantes...

De nombreuses personnes ont pu égaIement se procurer leurs photos ou celles de leurs proches (plus de 150 photos ont été commandées et d'autres demandes me parviennent encore).

Un CD-Rom des photos de classe sera remis à la Mairie, un autre à l'école, aux Racines de Monsieur Lody, à l'Association pour la sauvegarde du patrimoine photographique en Centre Ouest Bretagne.

Réactions

Cette exposition a, je pense, animé un peu la commune et permis à de nombreuses personnes de se retrouver et de revenir à Kergrist-Moëlou...

L'émotion était parfois très visible chez nos aînés et même chez les plus jeunes. Les commentaires devant les photos étaient également très intéressants qu'ils soient en français ou en breton (langue bien souvent à l'origine de punitions et de brimades à une certaine époque !).

L'historique de la construction de l'école actuelle, ainsi que celui de la première, ont également intéressé les visiteurs. Et dire que Saint-Lubin et Le Croasty ont failli avoir une école... Peu de personnes avaient connaissance de ces projets.

Les réactions des enfants scolarisés actuellement à Kergrist-Moëlou étaient également très intéressantes: " Les cartables étaient tristes" en parlant des musettes... " C'est pas une trousse çà! " en parIant du plumier " Pourquoi sont-ils tous habillés en noir ? " devant une photo en noir et blanc... " Pourquoi les filles et les garçons sont-ils séparés ?", " Pourquoi les filles sont habillées pareilles ? " en faisant allusion aux blouses.

Les commentaires notés dans le Livre d'or montrent que cette exposition a été chaleureusement accueillie et appréciée par la plupart des Kergristois et Kergristoises d'ici et d'ailleurs. Preuve que l'école reste un bon souvenir.

Journée de retrouvailles... recherche organisateur !

Plusieurs personnes ont laissé leurs coordonnées afin d'être contactées si une Journée de retrouvailles des anciens élèves voit le jour... Si des personnes de la commune ou d'ailleurs veulent s'investir pour l'organiser, je suis prête à leur donner toutes les informations en ma possession ainsi qu'à remettre les panneaux en place...

Contact :

Martine THOMAS-HËNAFF, Goulédic, 22110 Kergrist-Moëlou
Tél. 02 96 36 52 94, Mél: henaffthomas@yahoo.fr

 

Dans nos précédents bulletins municipaux nous nous étions attachés à quelques interviews relatant l'époque où le bourg comptait plusieurs commerces. "Du pain au levain en quelques refrains" évoquait le boulanger chanteur, et "Promenade dans les rimes de Frédéric" racontait le bistrotier poète.

Nous nous sommes une nouvelle fois immergés dans ce bourg de Kergrist des années cinquante et soixante, en rencontrant Antoinette épouse de Raymond Le D., boucher-charcutier au bourg.

Raymond était né en 1922 à Chevreuse dans les Yvelines, et venait régulièrement chez sa tante dans la région. Antoinette et Raymond se sont rencontrés à Toulazen lors d'une fête suivant un battage, comme on faisait en ce temps-là.

Ils se sont unis en 1945. Le couple est arrivé à Kergrist en 1946, pour y ouvrir la boucherie charcuterie en février. Raymond, que tous surnommaient "Bidul", achetait ses bêtes dans les fermes du canton et les abattait à Kergrist au début de son activité, puis à Rostrenen ensuite. Raymond faisait aussi du courtage, bon négociateur en bestiaux qu'il était. Dans ses achats, on dit qu'il était généreux nous confie Antoinette.

La première Boucherie Le D. se tenait rue Pierre le Gloan, puis en 1956 la boutique s'est installée rue de l'Eglise. À une époque, il y a même eu deux boucheries au bourg... Mais, au-delà des quartiers de bœufs, des pâtés et saucisses, l'activité de Raymond que nous tenons à souligner fut son implication dans la vie associative locale.

Dans les années cinquante, il fut président du comité des fêtes. Le club de foot de Kergrist fut l'une de ses grandes passions, il en fut égaIement le président et dirigeant durant plusieurs années. Raymond s'est éteint en 1982. Quant à la boucherie, Antoinette en a baissé le rideau en 1992. Yves devant son four , Frédéric astiquant son zinc , Raymond affairé au billot ... une page de Kergrist est tournée certes, reste aux Kergristois d'aujourd'hui d'avoir l'envie et la joie de continuer à faire vivre ce bourg comme l'ont fait en leur temps ces trois gaillards-là !

 

Hélène Le CHEVALIER était une dame âgée qui nous a quitté au début de l'année 2006 loin de notre commune où elle ne résidait plus depuis fort longtemps. Son nom est pourtant lié à l'histoire de Kergrist-Moëlou car elle fut de celles et ceux qui s'engagèrent ici dans l'armée de l'ombre dans une lutte obstinée contre le fascisme au péril de leurs vies.

Laurent LE CORRE et Roland LE CAM sont allés au bourg rencontrer Michel et Cécile (son frère et sa belle-sœur) afin qu'ils évoquent pour notre journal communal le parcours d'Hélène.

Michel nous parle de la famille de sabotier de laquelle cinq enfants sont nés à Kergrist : Gwénolé, Louis, Marie, Hélène et Michel. La saboterie se tenait au bourg, là où s'installa plus tard la Boucherie Le D.. Hélène, née en 1917, est allée à l'école de Kergrist-Moëlou puis a préparé l'Ecole normale au cours complémentaire à Rostrenen. Reçue première au concours en 1935, Hélène est pourtant écartée pour cause présumée de tuberculose. Des membres du jury obtiennent que sa situation soit revue afin qu'elle prépare le BAC avec promesse d'être intégrée à L'Ecole normale. À la Toussaint 1939, Hélène est nommée institutrice suppléante à Méllionnec. C'est aussi l'époque où elle s'engage politiquement pour adhérer au parti communiste en 1940 comme Rosa Le Hénaff alors postière à Kergrist-Moëlou.

1940 : une époque trouble depuis la déclaration de guerre à l'Allemagne, une drôle de guerre où rien ne se passe dans les premiers mois, un pacte germano-soviétique, un gouvernement français qui s'acharne contre le parti communiste... Dans ce monde perturbé, Hélène lit beaucoup Paul Vaillant-Couturier, Henri Barbusse, Romain Rolland. Elle espère un monde meilleur et, comme beaucoup de jeunes, elle milite pour le parti afin de dénoncer le danger du fascisme. Vint le temps de la débâcle de l'armée française, de l'occupation, de l'interdiction du parti communiste et donc de la clandestinité pour ceux qui continuèrent à véhiculer cet idéal.

En contact avec le réseau clandestin de François JEGOU, Hélène s'occupe des femmes dans l'organisation clandestine. Au début de l'occupation, résister s'agissait surtout de mener une activité d'affichage et de tracts afin de montrer au pouvoir hitlérien qu'une volonté de résister existait toujours. Résister pour dénoncer les orientations collaborationnistes du pouvoir de Vichy, résister pour espérer l'humanisme face à la barbarie, fabriquer des tracts, faire du collage afin d'éveiller les consciences du danger vers lequel la société basculait.

En 1941, un gradé allemand est abattu à Nantes. 27 otages français innocents, la plupart communistes, sont fusillés à Châteaubriant en guise de répression. Parmi eux un jeune garçon de 17 ans est envoyé au poteau d'exécution. Ainsi Guy MOQUET meurt au temps d'aimer. Les derniers mots qu'il adresse avant d'affronter la mort resteront gravés dans les mémoires : "...Vous tous qui restez, soyez dignes de nous..." Cette exécution cynique a pour effet d'horrifier les consciences.

La Seconde Guerre Mondiale et la résistance sont des thèmes que chacun d'entre nous a pu évoquer dans son entourage avec des personnes âgées, témoins de cette époque. Il nous faut cependant faire l'effort de se projeter soixante ans en arrière...Nos interlocuteurs avaient alors bien souvent de 15 à 30 ans! L'engagement fut celui d'une jeunesse se jetant dans un combat "le front contre la nuit" et s'engageant dans la lutte armée au travers des réseaux de résistance.

Hélène LE CHEVALIER, comme tant d'autres, mènera ce combat clandestin pour la liberté. perpétuant ainsi la farouche volonté de camarades tombés pour vaincre la bête immonde. En 1943, l'armée allemande est pour la première fois défaite par l'Armée Rouge à Stalingrad. L'espoir naît dans le camp des partisans. Le pouvoir de Vichy intensifie ses actions en créant la SPAC, une police spécialisée dans la répression anticommuniste. Le 18 mars 1943 Hélène est arrêtée.

Michel, son frère, nous raconte: "Elle se savait surveillée et certainement en danger, alors on est partis tous les deux se cacher chez son parrain à Saint-Nicodème. Les inspecteurs avaient dû être bien renseignés car ils nous ont trouvés! Je me rappelle qu'ils ont fouillé toute la maison. Comme ma mère était très croyante, ils n'ont trouvé que des crucifix et des chapelets dans les tiroirs, ça les étonnait... Moi, ils m'ont laissé tranquille... mais votre sœur, par contre, on l'embarque qu'ils m'ont dit ".

L'arrestation d'Hélène donnera lieu à une manifestation spontanée à la sortie de l'école devant la mairie. Des femmes, avec leurs enfants, se mettront devant la voiture des policiers afin de s'interposer. Hélène est emprisonnée cinq mois à Guingamp, puis transférée au camp de la Lande en Indre-et-Loire jusqu'à sa libération le 20 décembre 1943. En détention, Hélène se remet à lire, grâce aux bouquins prêtés par Louis GUILLOUX : de la philosophie, Plutarque, mais aussi la Bible!

Relâchée,certainement faute de preuves contre elle, Hélène retrouve ses camarades et reprend son activité clandestine de résistante, en contact avec Jean LE JEUNE.

L'année 1943 fut celle de nombreuses arrestations dans la région, comme partout en France. Rosa LE HENAFF, qui avait pris la responsabilité du groupe de Kergrist pendant la captivité d'Hélène, et François JEGOU seront arrêtés. Rosa sera déportée à Ravensbrück, François sera déporté à Buchenwal. Ils reviendront tous les deux des bagnes nazis... L'Histoire donnera finalement raison à ce combat acharné pour la liberté et verra la libération devenir réalité durant l'été 1944, au prix de tant de martyrs...

Hélène deviendra dirigeante départementale de l'Union des Femmes Françaises, épousera Jean LE JEUNE en août 1945 et continuera avec lui de militer au Parti Communiste Français. Les élections législatives se profilent en 1946. Hélène, enceinte de son premier fils, fait campagne. Elle est troisième sur la liste présentée par le PCF pour le département des Côtes-du-Nord qui obtiendra deux députés le 2 juin 1946 : Marcel HAMON et Auguste Le COENT. Quelques mois plus tard Auguste LE COENT fut élu au Conseil de la République et libèrera son siège au profit d'Hélène. Tout juste maman elle entrera au Palais Bourbon.

Hèlene, à 28 ans, la plus jeune femme députée en Bretagne et siègera à l'Assemblée Nationale de 1946 à 1951. Elle participera à toutes les luttes sociales de cette période, soutenant les métallos grévistes à Saint-Brieuc (Forges, Laminoirs, Chaffoteaux) et à Guingamp (Tanvez). Hélène reprendra ensuite son activité d'enseignante et fut institutrice dans la Manche, puis en région parisienne.

L'écrivain briochin Louis GUILLOUX s'inspira d'elle au travers du personnage de Monique dans "Le jeu de patience". Hélène restera fidèle à son idéal jusqu'à sa disparition en juin dernier à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Le journal l'Humanité lui rendra un vibrant hommage dans son édition nationale. Nous tenions, humblement, que notre commune se souvienne aujourd'hui de cette femme d'exception en honorant sa mémoire au travers de notre bulletin communal.

Sources complémentaires :
Les Cahiers de la Résistance Populaire, "Des Femmes dans la Résistance", Côtes-du-Nord, Cahier n° 3 et 4 contenant un entretien avec Hélène Le CHEVALIER (pages 23 à 29).

Histoire des Communistes des Côtes d'Armor (1920 - 1945), Alain PRIGENT
Itinéraire d'un ouvrier breton, Jean LE JEUNE

 

 

Décembre 2006, nous bavardons près de la cheminée chez Martine. Albert nous évoque ses souvenirs d'enfance et la mémoire de son frère Job. Sandrine nous parle de son grand-père dans la petite maison de Keravel. Job Moudic s'en est allé fin 2006. Nous avons parcouru avec Albert et Sandrine quelques épisodes de la vie de ce Kergristois qui, en 1953, endossa le titre de champion départemental de Lutte Bretonne.

Né en 1914 à Trébrivan, Job arrive à Kergrist lorsqu'il a 10 ans. C'est à cet âge que l'école s'arrêtera pour lui : trop de travail aux champs pour se passer de main d'oeuvre. La famille compte sept enfants et s'est installée à Kermablouze.

En 1939 Job sera mobilisé, ils seront cinq jeunes du même village à partir: Yves, Louis et Job pour la famille Moudic ; Pierre et Louis pour la famille Pennec. Louis Moudic ne reviendra pas de cette guerre. En 1940 Job est fait prisonnier à Bray-sur-Seine, il partira ensuite en captivité en Allemagne comme tant de jeunes de sa génération. Cinq années durant lesquelles il travaillera dans une usine, puis dans une ferme. Job sera rapatrié le 22 mai 1945. Il gardera de bonnes relations avec le fermier Allemand de longues années.

Le retour à Kergrist sonnera l'heure du mariage avec Marie Le Puil, avant que Job ne reparte pour faire des campagnes de betteraves dans l'Aisne et la Somme. Job est un travailleur dans l'âme, un bourreau de travail, une bête de somme, sa cadence effrénée au labeur lui vaut un surnom de taille : «crève monde». Quand Job Moudic et Isidore Le Guellec faisaient équipe de bûcherons dans le bois de Kergrist, leur rythme ne variait pas : 4 cordes par jour ! Hâche, serpe et scie à bûche pour seuls outils évidemment. Frédéric Bonhomme leur avait écrit un texte «Les forçats de la Forêt», se souvient Albert.

À 42 ans, Job entre aux Ponts et chaussées, l'Equipement, comme on dit maintenant. Il y sera un chef d'équipe fort respecté, car, s'il met du coeur à l'ouvrage, il ne se plie pas pour autant de bonne grâce aux remarques de ses supérieurs !

À cette époque, les ouvriers rejoignent leur zone de travail en emportant leurs outils à vélo jusqu'à Perret, Treffrin... La gamelle fait partie du voyage, car de cantine il n'est bien entendu pas question. À l'heure de la soupe, il faut trouver du bois sec et faire chauffer les gamelles. Le travail est dur, surtout l'empierrement des routes. Job continuera ainsi jusqu'à 65 ans, âge auquel il prend sa retraite.

Job n'a jamais conduit de voiture, Sandrine se rappelle de la mobylette jaune de son grand-père, et des tours qu'il faisait faire à ses petits enfants. La retraite lui donne du temps libre : c'est au travail qu'il la passe ! Job est toujours prêt pour le coup de main chez les voisins, bricolage et surtout jardinage. Il n'a pas son pareil pour chasser les taupes d'un jardin, selon une méthode simple mais ô combien efficace : repérer taupinière et galeries, attendre et un coup de tranche au bon moment suffit !

Avant guerre, Job pratiquait déjà le Gouren (la Lutte Bretonne). Job lutte souvent avec Le Men, Le Gac et Georgelin dans la catégorie poids moyen. Toujours prêt pour lutter Job gagne mais ne recherche pas la gloire. Médailles et titres ne l'intéressent pas.

Il avouera même à son frère Albert, avoir un peu truqué certains combats pour ne pas que ça ne soit pas toujours le même qui gagne, c’est-à-dire lui ! Sa modestie est toute à son honneur, en 1953 lors des championnats départementaux de lutte bretonne il entre en piste sans penser qu'à la fin de l'épreuve il aura le Maout.

Il gagne et devient champion départemental des Côtes du Nord. Le musée de la Lutte Bretonne à Belle- Isle-en-Terre expose encore aujourd'hui des photos des lutteurs de cette époque dont Job Moudic.

Lutteur, Job le sera aussi contre la maladie car en 1984 un accident vasculaire cérébral vient le terrasser à 70 ans. Job ne baissera pas las bras, hémiplégique il continuera à bricoler pour entretenir le moral et la santé. Il passera ainsi des années tout de même heureuses entouré de ses enfants et petits enfants. Avant de quitter ses proches à 92 ans, il aura la joie de voir son arrière petit fils Théo enfiler la rochet de lutteur.

 

 

 

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